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Le dossier du mois

Violences faites aux femmes : former pour mieux accompagner

Comment identifier les violences faites aux femmes, comment aider les victimes et soigner les auteurs de ces violences ? Des formations aident les agents territoriaux à faire face à ces situations.

En novembre 2009, le gouvernement a lancé une campagne de communication sur la lutte contre les violences faites aux femmes. Ce fléau qui touche toutes les catégories sociales, sans exception d’âge et sur tout le territoire, a été désigné « grande cause nationale 2010 ». Cette lutte s’appuie sur quatre priorités : mieux protéger les femmes victimes de violences en renforçant le cadre juridique de leur protection, mieux prévenir la récidive, améliorer la qualité de la prise en charge des femmes victimes de violences et développer les actions de sensibilisation et d’information. Un plan triennal a été lancé en 2008. Il doit être complété par de nouvelles mesures telles que l’expérimentation du bracelet électronique pour les conjoints violents, l’éviction du conjoint violent étendue aux pacsés et aux concubins, l’introduction dans le code civil d’un « référent protection ». D’autres expérimentations sont en cours à l’échelon local telles que le « portable d’urgence » en Seine-Saint-Denis.

Identifier les violences
La violence contre les femmes regroupe de nombreuses situations : violences psychologiques, coups et blessures, mutilations sexuelles. Il est à noter que les violences psychologiques sont fréquemment le début des violences physiques. En 1999, l’Enquête nationale sur les violences faites aux femmes en France (ENVEFF) a démontré, contre toute attente, que les femmes étaient plus en danger dans la sphère privée, à l’abri des regards, que dans la sphère publique (milieu professionnel ou espace public). Le phénomène des violences conjugales n’est pas nouveau, mais il reste secret et tabou, et se révèle être bien plus important que ce que l’on croit. Les femmes victimes de violences font en moyenne onze fois plus de tentatives de suicide que les autres selon l’ENVEFF. Cette dernière enquête a par ailleurs montré en 2001 que le taux de signalement des violences conjugales avait augmenté de 13 % seulement par rapport aux violences au travail (32 %) et aux violences dans l’espace public (43 %). Plus on parle de ce fléau, plus les personnes concernées peuvent prendre conscience de la dérive de leurs actes. Toutefois, il est difficile de se reconnaître comme victime ou comme auteur de violences.
La société évolue, elle est de plus en plus dure, comme en attestent les chiffres des faits de violence qui augmentent d’année en année. Elle est aussi plus anxiogène, et cette anxiété, ce stress vécu dans le milieu professionnel peut se répercuter au sein du couple. Les enfants ne sont pas épargnés. Ils sont souvent spectateurs de ce phénomène, subissent une violence psychologique, et parfois sont marqués au point de l’accepter voire de le reproduire à l’âge adulte en tant que victime ou auteur. 

Comprendre et accompagner
Les professionnels qui peuvent être confrontés à ces situations ont besoin d’être formés pour améliorer le repérage et la prise en charge des femmes victimes de violences. Les travailleurs sociaux bénéficient de formations proposées par le CNFPT qui s’attachent à leurs interlocuteurs. En région Languedoc- Roussillon, un stage propose d’apporter des réponses en associant les partenaires. Les participants peuvent ainsi bénéficier de l’expérience d’un juriste, d’un médecin, d’associations, d’autres travailleurs sociaux. Après une approche théorique, le réseau de prise en charge des victimes de violences conjugales et les différents partenaires qui le composent leur sont présentés. D’autres formations peuvent en revanche traiter de l’approche psychologique sur le « vécu » de la victime. Les enfants nécessitent également une attention particulière.
Cette éducatrice raconte : « C’est un espace d’écoute et de parole où elles peuvent partager entre elles et avec nous. La problématique de la violence conjugale n’est pas abordée d’emblée. Il faut beaucoup de temps et de confiance… Cela faisait plusieurs années que nous demandions à bénéficier d’une telle formation. Elle nous a permis de structurer nos connaissances et de rencontrer et d’échanger avec d’autres professionnels. Notre souhait est de le reconduire mais surtout d’approfondir l’aspect relatif à la place de l’enfant également en souffrance. L’enfant est souvent le premier « levier » qui motive les femmes à se sortir de ces situations.»

Aider sans intervenir
Il peut être parfois difficile de comprendre cette impossibilité à parler, à sortir de cette situation. Les victimes sont empêtrées dans les liens d’attachement, de vie commune, de souvenirs, de projets et en même temps de vécus difficiles, voire extrêmement terrorisant. Il ne faut pas oublier ce chiffre effrayant  : une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son conjoint. « Pour les professionnels de terrain, ces situations sont très angoissantes, raconte cette travailleuse sociale. En effet, très souvent des enfants vivent dans ce climat de violence qui influe négativement sur leur construction personnelle. Notre travail consiste à accompagner ces femmes, à réussir à débloquer la parole, à faire prendre conscience des risques pour elles-mêmes et pour leurs enfants. Elles éprouvent de la honte à parler de leur situation de violences d’autant que lorsqu’elles réussissent à partir du domicile, il est fréquent qu’elles le réintègrent après une courte période et qu’elles se sentent responsables de cet échec. Nous avons tendance à vouloir que la situation évolue rapidement et lors de ce stage sur les violences conjugales organisé par le CNFPT, j’ai appris qu’il est impératif de laisser ces femmes avancer à leur rythme, les rassurer quant à notre présence et surtout « ne pas les pousser» ».
Pour ces professionnels, il est important de pouvoir les accompagner dans leur ambigüité, de comprendre le paradoxe. C’est un accompagnement au long cours : il faut redonner confiance à ces victimes. Cela peut être très usant, car ils doivent aider sans intervenir et comprendre pourquoi ces femmes vont quitter cinq, six fois leurs conjoints, revenir, avant une rupture définitive. Les formations sont là pour leur permettre d’identifier le « bon départ », de saisir la construction d’un tel acte. Elles leur apportent les clés de la compréhension du phénomène. 

Plus d’information sur ces formations auprès des délégations régionales du CNFPT.

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